Ecoute, oui, je vais bien. Je vais bien. Mais lui, je ne sais pas. Je ne sais pas, je regarde ses chaussures, vieilles, crevassées, qui ont pris le temps de se mouler sur ses pieds de vieil homme sénile, ces pieds qu’elles ont dû creuser, blesser longtemps avant que la concorde ne s’installe entre eux. Je me demande si l’aide-soignante n’oubliera pas de les emmener elles aussi à la morgue.
Je ne sais pas non plus comment elle va, elle, qui dix minutes avant était vivante, angoissée mais vivante, et qui maintenant nous quitte alors que nous tous courons dans tous les sens, branchons différents appareils, massons, rougissons sous l’effort, avant d’être submergés par le dégoût de l’échec et la peur dans le regard des autres patients qui ont tous vu.
Je me demande comment elle va, celle qui me maudit de ne pas la laisser embrasser sa mère “Elle a besoin de repos, et de toutes façons, ce n’est pas permis”. Moi et mes convictions, mes règles inébranlables dans lesquelles je m’enferme. Et ma mâchoire se crispe, mes yeux s’agrandissent dans le malaise de répéter “Non non non” à l’infini.
Je touche les mots à présent. Ils m’entourent, ils sont là. Dans les scopes des malades. Les regards angoissés de leurs familles qui n’arrivent pas à appréhender ce qui arrive. Notre fatigue à nous, qui nous traînons de dossier en dossier et minimisons ce qui ne tuera pas car l’inconfort d’un humain fait à présent partie de la norme pour nous. Ces mots : injustice, absurdité, innocence, indécence. Irréversible, par dessus tout. Nous enterrons l’idée que le pire peut toujours “dé”-arriver.
Mais je vais bien, merci.. Ma journée a été bonne.

7 comments
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October 7, 2008 at 12:17 pm
Bluesman
salam
bessaha new house
October 7, 2008 at 2:23 pm
Loula la nomade
Bonjour Sun Li,
Très touchant comme toujours et surtout poignant. Te lire me manquait, mais j’imagine qu’à force de gérer des instant comme ceux que tu viens de décrire, tu n’as pas forcément la tête à écrire sur un blog.
Mwah,
Loula, fidèle lectrice.
October 7, 2008 at 6:03 pm
zeri3a
Bluesman > merci

Loula > je me rends compte que ce n’est pas du tout un cliché, le “écrire, c’est une forme de thérapie”. J’espère ne pas être une mère indigne pour mon blog et y écrire plus régulièrement
Mwah back
October 8, 2008 at 1:08 am
Loula la nomade
Espérons donc que tu uses un peu plus de l’écriture comme thérapie, histoire de sortir le “méchant”
Mwah
October 8, 2008 at 6:28 pm
zeri3a
I definitely will
October 15, 2008 at 1:13 pm
Najnaj
il n’augure que des bonnes choses ce nouvel espace
des mèches brunes dans une tignasse blonde en somme xoxo
October 24, 2008 at 4:52 pm
ML
salut
Je t’ai suivie, bêtement, comme un petit chat, ou un petit chien, bref, comme toutes ces bestioles que tu aimes bien avoir toujours à genoux, toujours à tes pieds, toujours sous la main. Je t’ai suivie parce que tu m’y as invité, mais je pensais que j’allais être seul avec toi, enfin, avec toi et les petits chats et les petits chiens; mais, j’ai trouvé d’autres bestioles, ni plus bêtes, ni plus méchantes que les autres, mais qui, toutes, semblaient ravies de te retrouver ailleurs, certes, mais te retrouver quand même.
Je t’ai suivie jusqu’ici pensant que j’allais te trouver plus bavarde qu’avant, mais j’ai du déchanter : je suis irrémédiablement convaincu que toi, comme certains médicaments trop efficaces, il faut te consommer à petites doses.
Pas de problème! Donne-moi quand même 10 boites. J’ai toujours peur des ruptures de stocks.
ML…le coeur qui pépite